jeudi 30 janvier 2014

[Jeudi québécois#2 ] Dr Imbeaux, La maison de l'an Deux Mille ( 1926 )

L'anticipation a existé au Canada francophone avant la Seconde Guerre mondiale. On connaît quelques auteurs comme Jules-Paul Tardivel, Napoléon Aubin, Wenceslas-Eugène Dick, Jules Jehin, Ubald Paquin, Jean-Charles Harvey, Emmanuel Desrosiers ou juste après la guerre Pierre Daignault (auteur des Aventures étranges de l'agent IXE-13 qui contient quelques numéros de SF) mais tout cela forme finalement un ensemble peu important.
Une recherche dans les archives de la Bibliothèque et Archives nationale du Québec m'a permis de lire quelques textes. Sans doute ne seront-ils pas des surprises pour les exégètes de la science fiction de nos cousins québécois mais c'est un témoignage de cette science-fiction francophone que je connais mal...

Voici un premier texte, qui est une chanson, publié en 1926 dans Mon Magazine. Il va sans dire que je ne sais absolument rien de son auteur. Le texte est accopagné d'une vignette reprenant en partie une illustration d'André Devambez réalisée pour le roman Les Condamnés à mort de Claude Farrère ( 1920)  qui est une anticipation sociale.
Visitons donc la maison de l'An Deux Mille !


1. — Dans la Maison SIECLE XXI ,
Voyez ces gens de notre race
Entrer par le toit opportun:

VOYEZ TERRASSE !

Ils sont en l'air ! Chaque avion
Vient à la file
Se poser à la station:

Car c'est jour de réception
Dans la maison de l'An Deux Mille. (bis)

2. — Le concierge est dans l'escalier!
Mais un grand descenseur pratique
Stoppe juste à chaque palier,

AUTOMATIQUE.

2. — Au premier, d'en-haut, le SALON
Moderne-style:
Madame y trône tout au long...
Porte-t-elle le pantalon
Dans la maison de l'An Deux Mille ? (bis)

3. — A La Salle à Manger, voici
De tous les mets qui font envie.
Les comprimés en raccourci:

MADAME EST SERVIE!

Une pilule est un repas!
On s'assimile
Des boulettes qu'on ne sent pas:

Aussi n'y devient-on pas gras
Dans la maison de l'An Deux Mille. (bis)

4. — C'est un garçon pharmacien
Qui maintenant fait la cuisine:
En place de l'Office ancien,

C'EST L'OFFICINE!

Pour boire, on prend un soluté,
que l'on s'instille
Goutte à goutte, sans volupté:

C'est fini la tasse de thé,
Dans la maison de l'An Deux Mille! (bis)
5. — De Monsieur voici le bureau:
Le patron y cache sa face
Derrière tout un tombereau de paperasse.

Téléphones; diorama;
Ecran mobile:

Il voit tout, jusqu'à Panama...

Le journal n'est qu'un cinéma
Dans la maison de l'An Deux Mille. (bis)

6. — En dessous, la chambre à coucher.
Elle est aseptique à merveille:
Plus d'alcôve! mais où cacher

L'AMOUR QUI VEILLE ?

Adieu le grand lit étouffant.
Meuble inutile!

Jamais l'époux n'est triomphant:

Fi donc, on n'y voit plus d'enfant,
Dans la maison de l'An Deux Mille! (bis)

7. — La valetaille reste en bas:
L'aviateur, l'apothicaire.
La femme de chambre, en tout cas
Bonne à tout faire:
Puis le jardinier; puis le chien,
Qui dort tranquille
Devant sa niche et ne ait rien:

Philosophe, il se trouve bien
Dans la maison de l'An Deux Mille. (bis)

8. — A chaque étage un cabinet:
Bain et toilette dans la pièce,
E au froide, eau chaude au robinet,
Siphons en S.
Le liquide au bas du tuyau
Devient stérile.
Puis remonte de bas en haut:

Rien ne se perd, pas même l'eau.
Dans la maison de l'An Deux Mille. (bis)

9. — La cave: Un stérilisateur.
Grâce aux rayons U — V ou X ,
L'oxygène réparateur
Brûle et se fixe.
On en tire des jus très bruns.
D'odeur subtile.
Remplaçant nos grands vins défunts :

Il s'y fabrique des parfums, 
Dans la maison de l'An Deux Mille. (bis)

10. — Il ne faut s'étonner de rien!
Lors l'hygiène est si parfaite,
C'est la grace qu'aux gens de bien
Moi je souhaite, —
Qu'on ne voit plus d'enterrement
Au domicile:
L'homme y vit indéfiniment...

Puissions-nous habiter vraiment

Dans la maison de l'An Deux Mille! (bis)

Dr Imbeaux, « La maison de l'an Deux Mille », in Mon Magazine, février 1926, p 17. (Canada francophone)

Lire tous les articles des "jeudis québécois"

Merci à Guy Costes pour les compléments concernant l'illustration du texte.


7 commentaires:

  1. Voilà un sujet qui a le mérite d'être en avance sur son temps. Peu banal pour le site "ArcheoSF"

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    1. Bonjour,
      En effet il y a eu un bug dans la programmation du billet prévu pour jeudi 30/01 et déjà publié!
      Ca c'est de l'anticipation!

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    2. Bin, oui. Hein!!!

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  2. Je soupçonne que ce poème, malgré sa provenance québécoise, n'est pas d'un auteur du cru, mais du médecin et ingénieur français Édouard Imbeaux (1861-1943). Il faudrait pouvoir consulter les tables des matières de ses deux recueils de poèmes (_En relisant Lucrèce_ et _Sonnets dans le ciel_) pour s'en assurer, toutefois. Néanmoins, les références à l'hygiène et à l'assainissement militent en faveur d'une identification avec l'auteur français, à mon avis, ainsi que l'emploi du pseudonyme "E. X." pour désigner le poète en page 17 de _Mon Magazine_.

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    1. Merci pour ces précisions. L'enquête continue !

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    2. Je pense avoir trouvé la première publication du texte qui n'est effectivement pas québécoise.

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    3. Le texte a été publié à l'origine dans L'Echo des Mines et de la Métallurgie n° 2409, 2 octobre 1913. Donc il n'est pas québécois en effet.

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